Vélo dans le Grand Paris : où en sommes-nous ?

10 septembre 2026

En quelques années, le vélo a changé de dimension dans le Grand Paris. Dans la capitale, il n’est plus seulement une alternative : il est devenu un mode de déplacement quotidien pour une part croissante des habitant·es. Et les chiffres récents confirment cette dynamique.

Paris, capitale du vélo… en pleine accélération

Le vélo représente désormais autour de 11 % des déplacements à Paris, devant la voiture individuelle. En 2025, la fréquentation des aménagements cyclables parisiens a encore progressé de 7,9 % en un an, et de 47 % entre 2020 et 2025. Certains axes sont devenus de véritables « autoroutes à vélos » : le boulevard de Sébastopol accueille ainsi plus de 15 500 vélos par jour !

Le réseau s’est lui aussi considérablement développé : fin 2025, Paris comptait 1 607 km d’aménagements cyclables, soit 31 km supplémentaires en un an. Et le stationnement suit le mouvement : 136 510 places pour les vélos et vélos-cargos sont désormais disponibles sur l’espace public, davantage que les places dédiées aux véhicules motorisés.

Mais le changement est aussi sociologique. Selon l’étude de l’Apur (l’Atelier parisien d’urbanisme) menée avec le soutien de l’Ademe et publiée fin 2025, le profil des cyclistes évolue : les nouveaux cyclistes du quotidien comptent davantage de femmes et d’actifs de moins de 45 ans. La pratique progresse particulièrement dans certains territoires comme Plaine Commune, Est Ensemble ou Paris La Défense. Le vélo commence donc à sortir de son image de pratique réservée à quelques « vélotafeurs·euses » convaincu·es.

Les usages évoluent eux aussi. Vélos à assistance électrique (VAE), vélos-cargos, longtails, fatbikes : les vélos que l’on voit circuler dans Paris sont de plus en plus variés. Plus lourds, plus larges ou plus rapides selon les modèles, ils interrogent nécessairement le dimensionnement des infrastructures conçues à une époque où le vélo était moins présent. Une piste étroite peut ainsi devenir inconfortable lorsque s’y croisent vélos classiques, VAE, vélos-cargos et nouveaux usages. L’enjeu n’est donc plus seulement de créer des pistes, mais de penser leur capacité, leur largeur et leur confort à mesure que la pratique se massifie et se diversifie.

Du vélo parisien au vélo métropolitain

Car le prochain défi est là : franchir le périphérique!

Dans le Grand Paris, le linéaire d’aménagements cyclables a presque triplé depuis 2018 pour atteindre près de 4 300 km en 2025. Près de 2 200 km supplémentaires sont aujourd’hui en projet.

Le Plan Vélo Métropolitain prévoit notamment près de 260 km d’itinéraires structurants répartis sur 10 lignes et 86 communes. L’objectif fixé par la Métropole est d’atteindre 12 % de part modale vélo en 2028.

L’enjeu n’est donc plus seulement de créer des pistes cyclables, mais de construire un véritable réseau : continu, lisible et sécurisé, permettant de traverser facilement les frontières administratives. L’intermodalité, l’utilisation de plusieurs modes de transport (marche, vélo, bus, train, etc.) au cours d’un même déplacement, est aussi un enjeu majeur. Le développement du vélo autour des gares du Grand Paris Express sera également déterminant pour combiner vélo et transports collectifs.

Les progrès sont réels… mais tout le monde n’est pas encore à vélo

L’étude de l’Apur apporte un enseignement intéressant : 72 % des cyclistes déclarent avoir choisi le vélo pour gagner du temps. La sécurité des infrastructures joue également un rôle important : 34 % de celles et ceux qui ont augmenté leur pratique citent l’amélioration ou la création de voies cyclables.

Mais les freins restent nombreux : sentiment d’insécurité, circulation automobile, manque de stationnement sécurisé, difficultés pour apprendre ou reprendre le vélo… Autant d’obstacles qui touchent particulièrement les personnes qui ne sont pas encore cyclistes.

C’est probablement l’un des grands enjeux des prochaines années : passer d’une politique qui accompagne la croissance du vélo à une politique qui permette à toutes et tous de se sentir légitimes et en sécurité à vélo.

Et ailleurs, que peut-on apprendre ?

Les grandes villes européennes montrent qu’il n’existe pas une recette unique, mais une constante : la régularité de l’investissement et la priorité donnée à la qualité du réseau.

À Copenhague, qui s’est imposée comme un modèle de ville cyclable depuis de nombreuses années, près de 400 km de pistes cyclables structurent la ville et plus de 2,7 millions de kilomètres sont parcourus à vélo chaque jour. La ville est l’un des modèles mondiaux les plus aboutis en matière d’intermodalité vélo, combinant des infrastructures de stationnement massives et une intégration poussée du vélo dans son réseau de transports collectifs : possibilité de transporter sa propre bicyclette dans les différents réseaux fortement développée, parkings géants et sécurisés directement connectés aux nœuds de transport, nombreuses connexions métropolitaines (Super-véloroutes). Elle s’est fixé comme objectif que 75 % des déplacements soient réalisés à pied, à vélo ou en transports collectifs.

Paris a désormais rejoint le peloton de tête des villes cyclables mondiales par la vitesse de sa progression. Le prochain défi sera de transformer cette dynamique en une culture cyclable métropolitaine, accessible à tous les âges, tous les quartiers et tous les usages.

Accompagner le passage au vélo 

Car le vélo dans le Grand Paris ne demande plus seulement : « Combien sommes-nous à pédaler ? ». Il pose désormais une question beaucoup plus ambitieuse : « Quelle métropole voulons-nous construire autour du vélo ? ». Faire du vélo une évidence dans le Grand Paris ne se résume donc pas à multiplier les pistes cyclables. Il s’agit aussi de permettre à chacun et chacune de trouver sa place à vélo, d’apprendre, de reprendre confiance et de changer progressivement ses habitudes de mobilité. Pour une métropole où pédaler rime avec liberté, plaisir et qualité de vie.

C’est aussi là que les associations comme Cocyclette ont un rôle à jouer. En créant des espaces pour apprendre, pratiquer, échanger et faire du vélo ensemble, elles contribuent à rendre la pratique plus accessible et plus inclusive. À leur échelle, elles participent ainsi à faire du vélo non plus seulement un mode de déplacement, mais une pratique dans laquelle chacun et chacune peut trouver sa place.